Rabat–Abidjan : les ressorts d’une alliance qui redessine l’Afrique de l’Ouest

Rabat–Abidjan : les ressorts d’une alliance qui redessine l’Afrique de l’Ouest

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Par professeure Yasmina Reghai

Une alliance structurante en Afrique de l’Ouest

Parmi les partenariats qui structurent aujourd’hui les équilibres africains, peu présentent une telle solidité.

En effet, le lien entre le Maroc et la Côte d’Ivoire se distingue par sa constance et sa profondeur.

Dans un contexte ouest-africain marqué par des défis sécuritaires, politiques et économiques, l’axe Rabat–Abidjan s’impose progressivement comme un pôle de stabilité majeur.

Une relation qui dépasse la diplomatie classique

Cette proximité ne relève ni d’une alliance conjoncturelle ni d’une simple diplomatie de protocole.

Au contraire, elle s’inscrit dans une vision de long terme.

Celle-ci trouve ses racines dans l’héritage de Feu Sa Majesté le Roi Hassan II et de Feu Félix Houphouët-Boigny.

Par la suite, Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le président Alassane Ouattara ont renforcé cette dynamique.

Ainsi, une relation d’amitié politique a progressivement évolué vers un partenariat stratégique multidimensionnel.

Une convergence économique assumée

Lorsque le Maroc a réaffirmé son ancrage africain au début des années 2000, la Côte d’Ivoire s’est imposée comme un partenaire naturel.

D’une part, elle constitue la première puissance économique de l’UEMOA.

D’autre part, elle joue un rôle de locomotive en Afrique francophone et de carrefour régional.

Dès lors, elle représente pour le Royaume un point d’entrée stratégique vers les marchés ouest-africains.

Une confiance diplomatique durable

Cette relation repose également sur une convergence diplomatique rarement remise en cause.

Sur la question du Sahara marocain, la Côte d’Ivoire a constamment soutenu les positions du Royaume dans les instances régionales et internationales.

En retour, cette fidélité a consolidé une relation fondée sur la confiance.

Or, dans un contexte international instable, cette stabilité diplomatique devient un atout rare.

Une coopération économique multisectorielle

Parallèlement, le Maroc a mobilisé son expertise dans de nombreux secteurs.

Banque, assurance, télécommunications, immobilier, agriculture, énergie, distribution ou formation supérieure : les investissements marocains sont aujourd’hui largement visibles en Côte d’Ivoire.

Ainsi, la coopération politique a progressivement laissé place à une intégration économique réelle.

Un cadre institutionnel dense

Cette dynamique s’appuie sur plus d’une centaine d’accords bilatéraux.

Ces accords couvrent des domaines variés : infrastructures, finance, agriculture, éducation et sécurité.

Par conséquent, le partenariat dépasse désormais la logique bilatérale classique.

Il s’inscrit dans une forme de modèle de coopération africaine fondé sur la complémentarité et la création de valeur partagée.

L’agriculture comme levier stratégique

L’agriculture illustre particulièrement cette approche.

Face aux défis du changement climatique, de la croissance démographique et de la sécurité alimentaire, les deux pays ont intensifié leur coopération.

Ils combinent investissement, transfert de technologies et partage d’expertise.

Ainsi, ce secteur devient un levier central de développement et d’emploi.

Une dynamique humaine et académique forte

Au-delà des institutions, la dimension humaine joue un rôle déterminant.

Chaque année, de nombreux étudiants ivoiriens poursuivent leur formation au Maroc.

En parallèle, les échanges entrepreneuriaux et professionnels se multiplient.

De ce fait, un espace de proximité culturelle et économique se construit progressivement.

Une dimension spirituelle structurante

Un autre pilier, souvent moins visible, renforce cette relation : la dimension spirituelle.

L’influence de la confrérie tidjane en Afrique de l’Ouest et l’action de la Fondation Mohammed VI des Oulémas Africains participent à la diffusion d’un islam de modération.

Dans une région confrontée à des risques de radicalisation, cette coopération contribue à la stabilité sociale et religieuse.

Un modèle africain en construction

C’est précisément cette combinaison — économique, diplomatique, humaine et spirituelle — qui distingue le partenariat maroco-ivoirien.

Aujourd’hui, cette alliance prend une dimension nouvelle.

En effet, l’Afrique de l’Ouest traverse une phase de recomposition profonde.

Dans ce contexte, le tandem Rabat–Abidjan apparaît comme un facteur de continuité et d’équilibre.

Vers une nouvelle grammaire des relations africaines

Au-delà des intérêts bilatéraux, cette relation propose une lecture différente des coopérations africaines.

Elle privilégie les résultats, l’investissement et la création de valeur.

Certes, des défis persistent.

Les échanges commerciaux restent en deçà de leur potentiel et certaines coopérations industrielles peuvent encore être renforcées.

Cependant, l’essentiel est ailleurs.

En moins de vingt ans, les deux pays ont démontré qu’une alliance africaine durable pouvait se construire sur la confiance et la convergence des intérêts.

Une projection vers l’avenir du continent

À l’heure où l’Afrique cherche à affirmer sa souveraineté stratégique dans un monde en recomposition, cette expérience mérite attention.

Car elle dépasse le cadre bilatéral.

Elle esquisse, plus largement, les contours d’une Afrique plus intégrée, plus influente et plus maîtresse de son destin.

Votre chroniqueuse, attentive aux alliances qui redessinent les équilibres du continent.

https://ladiplomatiquedabidjan.net/international/11590.html

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