Par Reghai Yasmina
Il y a des phrases qui reviennent encore, doucement, presque sans bruit.
Elles circulent dans nos salons, s’invitent dans les réunions de famille, et parfois même dans des silences un peu lourds :
“Il faut se marier avant qu’il ne soit trop tard.”
Mais trop tard… pour quoi exactement ?
Pour aimer ?
Pour exister ?
Ou simplement pour rassurer une société qui peine encore à imaginer une femme en dehors du cadre du mariage ?
Une horloge qui ne leur appartient pas
Chez nous, le temps des jeunes filles n’est pas toujours le leur.
En effet, il est souvent observé, commenté, comparé.
À 25 ans, les questions commencent.
À 30 ans, l’inquiétude s’installe.
À 35 ans, les murmures apparaissent.
Progressivement, une horloge invisible semble s’accélérer… non pas dans leur cœur, mais dans le regard des autres.
Quand le mariage devient un spectacle
Mais il existe une pression encore plus discrète.
Et pourtant, elle est tout aussi lourde : celle du mariage spectacle.
Car aujourd’hui, se marier ne suffit plus.
Il faut marquer les esprits.
Il faut impressionner.
Et surtout, il faut prouver.
Une salle luxueuse.
Une robe coûteuse.
Un traiteur qui fait parler.
Des invités parfois éloignés de la réalité du couple.
Et au centre de cette mise en scène parfaitement organisée, il y a deux jeunes.
Souvent déjà fatigués… avant même de commencer leur vie à deux.
Le poids invisible des débuts
Alors, une question s’impose :
Combien de couples commencent leur vie avec des dettes ?
Combien de jeunes filles acceptent des compromis pour ne pas décevoir ?
Et combien de familles projettent leur image sociale sur une union qui devrait rester intime ?
Le paradoxe est fort.
Car d’un côté, on parle de bonheur.
Mais de l’autre, on impose des charges.
On parle d’amour.
Mais on négocie des budgets.
On célèbre une union.
Mais on oublie parfois les deux personnes au centre.
Une pression qui pèse surtout sur elles
Dans cette logique, la pression retombe encore plus sur les filles.
En effet, ce sont elles qu’on presse.
Ce sont elles qu’on observe.
Et ce sont elles qu’on invite à “faire bonne figure”.
Comme si leur valeur se résumait à une soirée.
Comme si leur avenir dépendait d’une vitrine.
Repenser le sens du mariage
Mais une question mérite d’être posée :
depuis quand le mariage est-il devenu un spectacle à valider par les autres ?
Et surtout, depuis quand le bonheur se mesure-t-il au nombre d’invités ou au prix d’un buffet ?
Car au fond, il ne faut pas oublier une chose essentielle :
le mariage n’est pas une finalité. C’est un commencement.
Et un commencement sous pression, sous dette et sous regard… perd déjà une partie de sa légèreté.
Nos filles ne sont pas en retard
Nos filles ne sont pas “en retard”.
Elles ne sont pas “en attente”.
Et elles ne sont pas des projets à finaliser dans un délai imposé.
Au contraire, elles avancent.
Elles construisent.
Elles choisissent.
Et parfois, elles refusent aussi.
Et si on changeait de regard ?
Alors, une dernière question s’impose :
Et si on leur offrait autre chose qu’une injonction déguisée en tradition ?
Et si on leur laissait le choix d’un mariage simple… ou pas de mariage du tout ?
Et si, pour une fois, leur bien-être passait avant le besoin de briller ?
Car au fond, un mariage réussi ne se mesure pas au bruit qu’il fait…
mais à la paix qu’il laisse.
Votre chroniqueuse,
qui préfère les unions sincères aux vitrines coûteuses…
