Par Reghai Yasmina
Il y avait des larmes dans les salons marocains. Des silences inhabituels dans les cafés. Des regards perdus devant des écrans devenus, soudain, trop lumineux pour des cœurs assombris.
La défaite face à la France, en quart de finale de la Coupe du monde 2026, avait un goût amer. Elle ressemblait à un rêve interrompu juste avant l’aube.
Pourtant, comme souvent après une grande déception, chacun a voulu trouver une explication. Très vite, le Maroc s’est transformé en une immense salle d’enquête.
Quand chacun cherche un responsable
Les arbitres étaient montrés du doigt. La tactique était critiquée. Le sélectionneur était lui aussi mis en cause.
Puis sont arrivées les théories les plus étonnantes. Certains ont parlé du mauvais œil. D’autres ont ressorti des cartes de tarot qui annonçaient pourtant une victoire. Les voyantes se sont faites discrètes. Des captures d’écran de vieux dessins animés sont devenues des prophéties. Quelques calculs astrologiques ont même circulé avec le sérieux d’une étude scientifique.
Ainsi, le football marocain semblait avoir inventé sa propre VAR… ésotérique.
Pendant ce temps, une vérité beaucoup plus simple attendait que l’on prenne le temps de la regarder.
Le Maroc fait désormais partie des grands
Aujourd’hui, le Maroc est une grande nation de football. Notre sélection n’attend plus une invitation à la table des meilleurs. Elle y a désormais toute sa place.
Nos joueurs regardent les plus grandes équipes dans les yeux. Ils ne sont plus l’histoire touchante que l’on applaudit avant de passer à autre chose. Au contraire, ils sont devenus des adversaires respectés. Mieux encore, ils sont étudiés et parfois même redoutés.
En effet, le football mondial rappelle une règle que personne ne peut éviter. Même les plus grands finissent par tomber.
Le Portugal de Cristiano Ronaldo a quitté la compétition. Le Brésil, berceau du football, est également rentré à la maison avec ses rêves dans les valises.
Le football possède cette force, mais aussi cette cruauté. Il ne promet jamais la victoire, même aux plus grandes nations. Alors, pourquoi demander au Maroc ce que ce sport refuse aux géants ?
Une défaite n’efface pas un parcours
Notre drapeau flotte aujourd’hui parmi les meilleures nations du football mondial. Voilà le véritable résultat.
Le reste n’est qu’une déception passagère. Les statistiques changeront. Les débats finiront par s’éteindre. Les analyses de comptoir disparaîtront avec le dernier café de la soirée.
Bien sûr, nous avions le droit d’espérer davantage. Bien sûr, nous avions aussi le droit de pleurer. D’ailleurs, un peuple qui n’espère plus est souvent un peuple qui ne rêve plus.
En revanche, nous n’avons pas le droit d’oublier le chemin parcouru.
Ce Maroc continue d’écrire une histoire plus grande qu’un simple score. Il construit une place durable dans le football mondial.
Demain sera encore rouge et vert
Peut-être que le destin en a décidé autrement. Peut-être que les étoiles, les cartes ou les scénaristes des dessins animés des années 1990 avaient choisi un autre scénario.
Quoi qu’il en soit, une certitude demeure.
Le Maroc revient toujours.
Il revient avec des rêves parfois cabossés. Il revient avec des supporters qui souffrent autant qu’ils aiment. Surtout, il revient avec cette capacité unique à transformer les blessures en nouveaux défis.
Le destin a choisi son camp ce soir-là. Très bien.
Nous choisirons le nôtre demain matin.
Et il sera encore rouge.
Et vert.
Comme toujours.
Votre chroniqueuse qui continue de voir le rêve en rouge et vert.
