par REGHAI Yasmina
l y a des jours où le Parlement ressemble à n’importe quel lieu institutionnel. Les dossiers sont bien rangés, les micros allumés, les regards sérieux. Le décor est solennel, presque immobile. Puis, sans prévenir, un minuscule incident vient rappeler que même sous la Coupole, l’humain n’est jamais bien loin.
Aujourd’hui, un souffle léger s’est glissé entre deux parlementaires. Rien de grave. Juste assez pour faire vibrer un micro, trembler quelques papiers et suspendre l’attention de l’audience. Pendant quelques secondes, tout le monde s’est demandé : continue-t-on à suivre le débat ou devrait-on chercher un bouton « pause » invisible ?
La scène n’avait rien de scandaleux. Elle était simplement… humaine. Un ton un peu trop haut, une phrase qui dépasse sa destination initiale, un échange animé qui aurait gagné à rester discret. Rien qui fragilise une institution, mais assez pour rappeler que, même en costume officiel, on demeure fait d’émotions, d’ego… et parfois d’un zeste de zèle.
Quand le débat parlementaire oublie l’intelligence émotionnelle
Ce qui intrigue dans cet incident, ce n’est pas son intensité mais ce qu’il dit — silencieusement. Le débat parlementaire devrait être un espace d’argumentation, de fond, d’idées. Pourtant, parfois, la forme l’emporte. Et lorsque la forme déborde, le citoyen observe et s’interroge :
Si nos représentants peinent à réguler leurs propres émotions, comment écouteront-ils celles de ceux qu’ils représentent ?
L’intelligence émotionnelle, pourtant essentielle à tout leadership moderne, semble parfois absente des bancs où se construisent les lois. Écouter, comprendre, réguler, coopérer dans la tension : ces compétences devraient être au cœur de l’action politique. Elles sont attendues, espérées, nécessaires. Et pourtant, elles ne se manifestent parfois… que dans les coulisses.
Après la secousse, le lissage
Rapidement, tout rentre dans l’ordre. Les visages redeviennent sérieux, les voix maîtrisées, les caméras captent un calme impeccable. Comme si rien n’avait eu lieu. Le Parlement possède cette étonnante capacité à effacer les vagues avant même qu’elles ne touchent le rivage.
Mais une question demeure — discrète, persistante, presque invisible :
En maîtrisant l’art du discours politique, ne risque-t-on pas d’oublier celui, plus subtil, de la maîtrise de soi ?
Rien de dramatique. Juste un rappel : même sous les dorures et la solennité institutionnelle, un Parlement reste un lieu humain, vulnérable aux débordements… et aux petits courants d’air.
Et parfois, ce ne sont pas les tempêtes qui inquiètent.
Ce sont les répétitions.
Votre chroniqueuse,
celle qui raconte ce que d’autres préfèrent laisser voler.
