Quand l’indépendance dérange encore : l’éternelle fille qu’on veut “recadrer”

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Par Yasmina Reghai

Au Maroc, être une femme indépendante, c’est un peu comme marcher sur un fil : si tu tombes, on t’accuse d’avoir voulu voler.

L’indépendance féminine, on l’aime bien… en théorie. C’est joli dans les discours, moderne dans les spots publicitaires, inspirant dans les conférences sur “la femme marocaine d’aujourd’hui”.
Mais dans la vraie vie, dès qu’une femme décide pour elle-même — sans permission ni justification — tout le monde s’agite.
Elle “prend trop de place”.
Elle “fait la fière”.
Elle “n’écoute plus personne”.

Et si, par malheur, elle réussit sans l’ombre d’un protecteur masculin, c’est suspect. “Quelqu’un l’a aidée, forcément.” Parce qu’ici, la réussite féminine doit toujours avoir un parrain, un mari, un oncle, un hasard. Jamais juste du talent.

L’indépendance dérange parce qu’elle casse le scénario.
La fille sage, c’est pratique : elle sourit, elle s’excuse, elle attend.
Mais la femme libre, elle questionne, elle négocie, elle dit non.
Et au Maroc, dire non, c’est presque une faute morale.

Alors on te “recadre”. Avec douceur, bien sûr.
“Fais attention à ton image.”
“Tu parles trop fort.”
“Tu veux être un homme ou quoi ?”
On t’explique, avec une bienveillance patriarcale désarmante, qu’il ne faut pas confondre liberté et insolence.

Mais soyons honnêtes : ce n’est pas ton indépendance qui dérange.
C’est leur dépendance à l’idée qu’une femme doit toujours être sous tutelle — sociale, morale ou symbolique.
Une femme libre, c’est un rappel vivant que certains sont encore prisonniers.

Alors oui, sois indépendante. Travaille, parle, décide, échoue, recommence.
Et surtout, dérange.
Parce que dans notre société, déranger, c’est déjà exister.

Par Yasmina, votre chroniqueuse libre et donc, forcément suspecte.