Par Reghai Yasmina
Une annonce feutrée, un séisme discret
Il y a des annonces qui tombent doucement, presque poliment, entre deux panels sur la croissance verte et un café tiède à Davos.
Et puis, il y a celles qui, sous des airs feutrés, déplacent des plaques entières de la diplomatie mondiale.
Janvier 2026. À la surprise générale, Donald Trump annonce la création d’un Conseil international de paix. Rien que ça.
Un nouvel organe. Une nouvelle table. De nouvelles signatures.
Parmi elles, celle du Maroc.
Une image, plusieurs lectures
La scène se veut sobre : Trump d’un côté, Nasser Bourita de l’autre. Une charte signée. Des sourires maîtrisés. Une photo appelée à faire le tour des rédactions.
Cependant, derrière l’image soigneusement cadrée, une question s’impose, insistante : de quelle paix parle-t-on, et à qui appartient-elle désormais ?
Car ce Conseil n’est ni une émanation de l’ONU, ni un prolongement classique du multilatéralisme. Il s’agit d’une initiative américaine, pensée, portée et structurée par Washington.
Autrement dit, une paix version conseil d’administration : on n’y débat pas seulement de valeurs, mais aussi d’influence, de calendrier et de leadership.
Les critiques et les soupçons
Forcément, cela grince.
Certains y voient une tentative de contourner les Nations unies.
D’autres redoutent un club fermé où la paix se négocie entre ceux qui disposent déjà de la parole.
Dans ce contexte, une interrogation surgit : quelle place réelle pour les équilibres internationaux ?
La stratégie marocaine
Et le Maroc, dans tout cela ?
Le Maroc signe. Non par naïveté. Non par alignement aveugle.
Mais parce que la diplomatie marocaine a, depuis longtemps, intégré une réalité essentielle : on ne redessine pas l’ordre du monde depuis la marge.
Être membre fondateur, c’est être présent lorsque les règles s’écrivent.
C’est intervenir pendant que d’autres commentent.
C’est rappeler, aussi, que la paix au Moyen-Orient ne peut se concevoir sans la question palestinienne, sans mémoire, sans histoire.
Promesse ou instrument d’influence ?
À ce stade, ce Conseil de paix n’est pas encore une institution.
Il demeure une promesse. Ou peut-être un pari.
Reste à savoir s’il deviendra un véritable espace de médiation ou, au contraire, un nouvel outil d’influence sous couvert de bonnes intentions.
Car la paix, on le sait, n’est jamais neutre.
Elle porte toujours un accent, une géographie, un rapport de force.
Une présence qui compte
À Davos, en janvier 2026, elle avait un décor suisse, une impulsion américaine,
et une signature marocaine qui rappelle que la diplomatie ne relève pas seulement de la puissance, mais aussi de la présence.
Or, parfois, être présent, c’est déjà refuser le silence.
Votre chroniqueuse,
celle qui observe lorsque l’histoire se signe à huis clos.
