Par Reghai Yasmina
Il était une fois, dans le Royaume, une application de transport nommée InDrive, qui offrait aux usagers une alternative aux “taxis de la dernière chance”. Une solution simple : négocier un prix, trouver un chauffeur, arriver sans drame. Mais dans un système où rien ne doit bouger sans autorisation, InDrive — pas totalement encadré — est vite devenu le bouc émissaire idéal pour ceux qui protègent le statu quo.
La sentence tombe : « Tout transport via application sans licence est illégal. »
Et quand l’argument légal ne suffit plus, certains sortent les méthodes musclées : agressions de chauffeurs InDrive, pare-brises brisés, affrontements de rue. Car pour une partie des taxis marocains, petits comme grands, ces plateformes représentent une menace très claire : partager le marché, améliorer le service, accepter la concurrence… bref, sortir de la zone de confort.
1 — Le taxi marocain, ce seigneur du volant (au charme… discutable)
Parlons franchement : tout le monde connaît ces taxis marocains qui roulent comme des reliques ambulantes. Vitres opaques, sièges déchirés, clim en option mythique. Mais ce n’est pas tout. Car voiture propre ou non, certains chauffeurs refusent le client, parfois pour la tenue vestimentaire, parfois pour la destination, souvent par simple caprice. Le paradoxe est criant : on interdit InDrive sans licence, mais aucune norme de qualité ou de courtoisie n’est réellement exigée des taxis traditionnels.
Bref : on encadre les papiers, pas les comportements.
2 — Pourquoi tant de colère autour d’InDrive ?
Les pouvoirs publics cherchent à garder le contrôle d’un secteur fragile. Plusieurs raisons expliquent ce « cinéma » :
- Économie de rente : licences, permis, taxes… Le système actuel nourrit beaucoup d’acteurs.
- Syndicats de taxis puissants : organisés, visibles, capables de pression.
- Statut social du chauffeur de taxi : celui qui “décide”, celui qu’on doit respecter, parfois celui qui choisit son client.
- Peur du changement : transparence, notation, concurrence… des mots qui dérangent.
3 — Et nous, les citoyens ?
Nous sommes ceux qui attendent sous la pluie, ceux à qui on dit “non” pour un trajet où pourtant le compteur devrait tourner. Nous sommes ceux qui paient parfois trois fois le prix en absence d’alternative fiable.
On nous dit : “InDrive sans licence, c’est interdit.”
Très bien. Mais où est notre droit à un transport correct, sécurisé et respectueux ?
4 — Un avenir possible (oui, restons optimistes)
L’espoir existe, mais il demande du courage politique :
- Réguler intelligemment : licences + normes de confort + transparence + sanctions pour refus injustifiés.
- Reconnaître légalement les plateformes comme InDrive : assurance, sécurité, vérification des chauffeurs, respect du client.
- Sanctionner réellement les taxis qui refusent une course sans motif valable.
- Responsabiliser les citoyens : exiger le compteur, évaluer les chauffeurs, dénoncer les abus.
Interdire InDrive parce qu’il dérange, c’est comme couper l’eau parce que le voisin remplit sa piscine : le problème ne disparaît pas, il se déplace.
Le véritable enjeu, au Maroc, n’est pas l’application : c’est la culture du service public de transport, souvent réduite à l’essentiel — conduire, ignorer le client, espérer un petit geste.
Si la prochaine décennie ne transforme pas en profondeur la relation chauffeur–client, avec des standards clairs et un minimum de respect matériel, nous tournerons encore en rond, coincés entre voitures fatiguées et incivilités bien installées.
Votre chroniqueuse, qui prend le volant de ses mots… pendant que d’autres refusent encore de lever le vôtre.
