Par Yasmina Reghai
Au Maroc, le CV n’est plus un simple document professionnel. Il devient une vitrine. Une carte d’identité ambitieuse où l’on gonfle ses compétences pour impressionner les recruteurs.
On voit des étudiants de 20 ans déjà “consultants en stratégie internationale”. On voit des stagiaires “Project Managers Senior” après trois semaines en entreprise. On voit des diplômés “experts en leadership”. Pourtant, certains ont encore du mal à écrire un e-mail clair et professionnel.
Dans beaucoup de CV, il y a plus de certifications que d’heures de travail réel. On accumule les formations en ligne pour prouver son sérieux. Mais on oublie souvent l’essentiel : l’expérience concrète.
Et si un recruteur demande un exemple précis, la réaction peut être surprenante : malaise, silence, ou colère. Comme si demander de la pratique était une attaque personnelle.
L’entretien d’embauche devient alors un miroir sans reflet. Les mots sont là : soft skills, motivation, communication, leadership, résilience. Mais les preuves manquent. Les retards ne sont pas justifiés. Les excuses ne viennent pas. La rigueur disparaît derrière le discours.
La réalité est simple :
l’image ne peut pas remplacer la compétence.
La théorie ne vaut rien sans la pratique.
Les mots en anglais ne créent pas la maîtrise.
Le marché du travail commence à s’en rendre compte. On peut copier des citations sur LinkedIn. On peut enjoliver son CV. On peut inventer un titre prestigieux.
Mais vient toujours le moment où l’on doit montrer ce que l’on sait faire. Et ce moment révèle tout.
Le silence est souvent plus long qu’un stage entier.
Votre chroniqueuse, qui dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.
