Le banquet fermé du manager marocain

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Par Reghai Yasmina

Dans notre pays, dans certaines entreprises comme dans certaines administrations, on observe un phénomène discret mais bien réel : le manager insécure.

Il ne s’agit pas du chef qui crie ou qui impose son autorité. Le profil est plus subtil. Ce manager agit souvent dans l’ombre. Il contrôle, il surveille, il jalouse parfois… et il célèbre rarement les réussites de ses collaborateurs.

Une table réservée à quelques élus

Dans beaucoup de bureaux, la scène est presque toujours la même. Quelques “élus” sont invités à la table d’honneur. Ils profitent des signes de reconnaissance et de la proximité avec la hiérarchie.

Les autres restent à distance. Ils travaillent, soutiennent les projets, mais leur rôle reste discret. Leur contribution est essentielle, pourtant elle demeure peu visible.

Dans ces environnements, des règles floues apparaissent. Les critères de reconnaissance deviennent parfois difficiles à comprendre. Les collaborateurs finissent alors par se mesurer moins à leurs compétences qu’à leur capacité à rester discrets et loyaux.

Quand l’insécurité guide le management

Ce type de fonctionnement n’est pas anodin. Il traduit souvent une forme d’insécurité.

Certains managers savent, au fond, que leur légitimité repose davantage sur un titre ou sur des relations que sur un leadership solide. Pour se protéger, ils verrouillent les initiatives et limitent l’autonomie.

Dans ces conditions, les talents ne sont pas toujours encouragés à se développer. Ils sont plutôt contenus. L’indépendance devient suspecte, tandis que la dépendance est perçue comme une forme de sécurité.

Les vrais piliers du leadership

Pourtant, les organisations qui progressent — au Maroc comme ailleurs — reposent sur des principes simples.

Trois piliers reviennent souvent dans les recherches sur le management :
la reconnaissance, la clarté des rôles et la sécurité psychologique.

Les leaders les plus respectés savent que la véritable autorité ne vient ni d’un titre ni d’un réseau d’alliances. Elle repose surtout sur la capacité à faire grandir les personnes autour de soi.

Un bon leader ne craint pas les talents. Il les encourage.

Ouvrir la table

En observant ce théâtre quotidien dans certains bureaux, votre chroniqueuse se pose une question simple.

Combien de talents restent dans l’ombre ? Combien d’idées ne voient jamais le jour ? Combien de “banquets privés” se tiennent pendant que le reste de l’équipe travaille sans reconnaissance ?

Le vrai leadership, au Maroc comme ailleurs, n’est pas celui qui exclut.

C’est celui qui ouvre la table.
Celui qui partage la reconnaissance.
Celui qui élève les autres au lieu de les retenir.

Cette chronique s’adresse donc à tous ceux qui se sentent parfois invisibles, incompris ou mis de côté. Les organisations évoluent lentement, mais une chose reste certaine : les talents finissent toujours par trouver leur place.