Par Reghai Yasmina
Il fut un temps où enquêter exigeait un carnet, une plume, et surtout… une conscience. Aujourd’hui, il suffit d’un smartphone, d’un ton faussement indigné et d’un filtre « drama queen » pour se prendre pour un grand reporter en mission divine. Nos influenceurs-journalistes autoproclamés, ces nouveaux justiciers des réseaux, se rêvent en gardiens de la vérité, mais confondent investigation et improvisation.
Leur méthode ? Simple comme un reel. Ils lancent une accusation, montent un story time et récoltent des vues. Pas le temps de vérifier, ni de confronter les deux versions d’une histoire — trop long, trop rationnel, pas assez viral. La nuance ? Elle ne fait pas d’audience. Eux se nourrissent de la détresse et du scandale comme d’autres se nourrissent de likes : avec appétit et sans scrupules.
Leurs « enquêtes » blessent, salissent, déforment — mais c’est le prix du buzz, dit-on. Transparence, vraiment ? Non. C’est simplement le reflet d’un miroir où ne se contemple qu’un seul visage : le leur.
Et comme notre société est un terrain fertile pour les vocations instantanées, nos pseudo-journalistes se réinventent chaque semaine : un jour détectives, le lendemain coach de vie, et le surlendemain psychologues certifiés par les réseaux sociaux . Ils parlent d’amour, de dépression, de trahison, tout en livrant des diagnostics plus rapides qu’une commande en ligne. « Ne te laisse pas faire », « coupe les liens toxiques », « sois toi-même » traduisez : désabonne-toi de ton entourage et abonne-toi à moi.
Pendant ce temps, les vrais journalistes, eux, continuent à vérifier, croiser, douter — dans le silence, la rigueur, et parfois la solitude. Ils ne cherchent pas à faire le buzz : ils cherchent la vérité.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : entre informer et influencer, il y a un fossé. Et à force de s’y pencher pour mieux s’y filmer, certains finiront par y tomber.
